L'ENS de Lyon, à travers son Institut des Mondes Durables et le laboratoire d'économie CERGIC, souligne la nécessité de décloisonner les savoirs pour aborder les défis contemporains. L'interview croisée de Valentine Boutherin, directrice adjointe de l'Institut, et de Mathieu Couttenier, directeur du CERGIC, met en lumière cette approche.
Valentine Boutherin explique que la complexité des crises actuelles, qui se jouent à toutes les échelles, rend l'interdisciplinarité essentielle. L'objectif est également de travailler avec les acteurs locaux pour que la recherche réponde aux préoccupations du territoire. L'Institut des Mondes Durables lancera bientôt un appel à projets pour soutenir des recherches interdisciplinaires ancrées régionalement.
Mathieu Couttenier ajoute que les crises dépassent les frontières disciplinaires, comme le montre l'exemple d'une sécheresse affectant climat, économie et conflits. L'économie aide à comprendre ces enchaînements et les arbitrages des acteurs, permettant ainsi de mieux saisir les crises et d'identifier des leviers d'action.
La chaire SHIELD illustre le renouvellement des méthodes scientifiques grâce aux données satellitaires. Mathieu Couttenier précise que l'observation satellitaire, en complément des enquêtes de terrain et en partenariat avec l'Agence spatiale européenne (ESA), offre de nouvelles perspectives pour mesurer les conséquences du dérèglement climatique et repérer des activités économiques informelles ou illégales.
Cette démarche transforme également l'apprentissage. Valentine Boutherin indique qu'à l'ENS de Lyon, la formation par la recherche vise à comprendre comment les connaissances sont produites et mobilisées. Les étudiants de première année participent à des journées d'étude sur des controverses locales, comme les PFAS ou l'adaptation des montagnes au changement climatique, afin d'analyser les jeux d'acteurs et la place des sciences.
Mathieu Couttenier souligne que former par la recherche, c'est apprendre à interroger ses certitudes, confronter les hypothèses aux données et évaluer les conséquences des choix collectifs, donnant aux étudiants les moyens de se forger un jugement critique.
L'ENS de Lyon, en tant qu'institution, s'engage également dans cette démarche. Valentine Boutherin mentionne des ateliers pour sensibiliser les agents aux enjeux socio-environnementaux et adapter leurs pratiques, visant à limiter l'empreinte environnementale de l'établissement et à le rendre plus robuste face aux bouleversements futurs.
Mathieu Couttenier conclut que faire dialoguer sciences et société permet d'éclairer les décisions, de rendre visibles les tensions et d'ouvrir des pistes de réflexion, donnant aux acteurs les moyens de comprendre et questionner les transformations en cours.




